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Base navale, bouchons et vélo : ce que disent (vraiment) les chiffres

La création d’une piste cyclable bidirectionnelle sur l’avenue de la République, le long du port de Toulon, déchaîne les passions. Dans la discussion, on entend surtout deux objections. La première porte sur le trafic général de l’avenue. La seconde, celle que nous voulons traiter ici, vise spécifiquement la base navale : « la base, ce sont des milliers de salariés qui viennent travailler en voiture, vous allez tout bloquer ! »

Alors, parlons chiffres. Et pas les nôtres : ceux d’une étude de 2022, auprès des effectifs militaires et civils de la base. On trouve les résultats dans le Plan de Mobilité 2025-2035 de la métropole. Une page entière y est consacrée à la base navale (page 80 du PDF). Nous la reproduisons ci-dessous. Son titre, écrit par la métropole et pas par nous, donne déjà le ton :

« La base navale : une polarité centrale qui favorise la mobilité durable »

La base navale, un gros employeur

La base navale est le deuxième bassin d’emploi de la métropole, juste derrière le centre-ville de Toulon. Des milliers de personnes s’y rendent chaque jour pour travailler. C’est exactement le genre de site dont on imagine que tout le monde y vient forcément en voiture. La réalité, mesurée par une enquête de la base elle-même, est tout autre.

« Oui, mais ils habitent tous loin »

C’est l’objection qui tombe aussitôt. Là encore, la slide répond toute seule : une nette majorité des salariés de la base habitent la commune de Toulon, donc souvent à quelques kilomètres de leur travail. Pour une bonne partie d’entre eux, la distance domicile-travail est parfaitement cyclable. L’idée d’une base peuplée de gens qui viennent tous de l’autre bout du Var ne tient pas.

Ce que la slide montre vraiment

Deux choses sautent aux yeux, et aucune ne va dans le sens des opposants.

D’abord, le vélo n’a rien d’anecdotique à la base. Il y est déjà un mode de déplacement majeur, qui rivalise avec la voiture individuelle chez les salariés habitant Toulon, qui sont, on s’en souvient, la majorité. Ceux qui travaillent à l’intérieur le savent : on y circule très bien à vélo. Ce qui surprend, c’est l’ampleur du phénomène. Une part significative des salariés a déjà fait ce choix, en silence, sans qu’on en parle jamais.

Ensuite, et c’est sans doute le plus important pour le débat actuel : beaucoup d’autres se disent prêts à changer de mode. L’envie est là. Ce qui manque, c’est l’aménagement.

Pourquoi ne les voit-on pas ?

Parce qu’un vélo ne pèse presque rien dans le paysage. Une voiture occupe environ dix fois la surface de voirie d’un vélo, à l’arrêt comme en mouvement. Résultat : on regarde une rue saturée de voitures et on en déduit que « tout le monde roule en voiture ».

C’est une illusion d’optique. Ce que l’on voit, ce n’est pas la proportion de gens qui se déplacent en voiture, c’est la place que la voiture individuelle prend sur la route. Les cyclistes de la base existent bel et bien. Ils sont simplement invisibles, parce qu’ils tiennent tous sur l’espace d’une poignée de voitures.
Une des premières remontées des cyclistes sur les réseaux sociaux était qu’ils voudraient bien qu’un compteur visible soit installé sur la piste de la République. Il semble que les cyclistes en aient marre d’être invisibles.

Donner les moyens de changer

Revenons à ces salariés, et plus largement à ces habitants, prêts à changer de mode. Près d’un sur deux, à Toulon comme ailleurs, se déclare prêt à adopter un mode de déplacement plus écoresponsable. Cette envie existe déjà. On lit parfois dans les commentaires Facebook que ce serait le manque de douches au bureau. Ça compte, sans doute. Mais quand on demande concrètement aux gens pourquoi ils ne prennent pas le vélo sur l’avenue de la République, la réponse qui revient le plus souvent est : « c’est beaucoup trop dangereux ! »

Une piste cyclable continue et protégée répond précisément à ce besoin : c’est le moyen concret de transformer une intention en trajet quotidien. Et chaque personne qui passe au vélo, c’est une voiture de moins sur la route, donc un peu plus de fluidité pour celles et ceux qui en ont réellement besoin. L’aménagement ne se fait pas contre les automobilistes, il se fait pour tout le monde.

Le vrai problème de la base : son stationnement interne

Dernier point, parce qu’on l’entend aussi. Oui, la base a un vrai problème de stationnement : une part importante des personnes met plus de cinq minutes à se garer dans l’enceinte. Mais lisons la suite. Ce problème est interne à la base, et il va s’aggraver : de nouvelles infrastructures navales doivent voir le jour d’ici 2030 et réduire le nombre de places existantes. Une piste cyclable sur l’avenue de la République n’y change rien, ni en bien ni en mal.

Et la seule issue durable, le PDM la pointe lui-même : faire en sorte que moins de gens arrivent en voiture. Les salariés prêts à changer de mode sont, selon le PDM, « une marge de manœuvre pour répondre à cette problématique de stationnement ». La réponse au problème de voiture de la base, ce n’est pas plus de voitures. C’est le vélo, le bus, le covoiturage.

En résumé

La base navale n’est pas l’argument massue des opposants à la piste cyclable. C’est l’inverse. C’est l’exemple que la métropole elle-même met en avant pour montrer qu’un grand pôle d’emploi peut très bien fonctionner avec une forte part de modes actifs. Et beaucoup de salariés n’attendent qu’une chose pour s’y mettre à leur tour : pouvoir le faire en sécurité.

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